Digital Shapers 2026: Richard Hess, lauréat, évoque la responsabilité, la confiance – et l’innovation numérique comme travail d’équipe
Les Digital Shapers distinguent cent personnalités qui, en Suisse, marquent de leur empreinte la transformation numérique dans l’économie et la société – des personnalités qui ont une vision stratégique, qui identifient en amont les grandes évolutions, et qui s’en emparent pour les façonner.
Nous sommes ravis que la liste des Digital Shapers 2026 intègre un collaborateur de longue date de l’Association suisse des banquiers (ASB) en la personne de Richard Hess, notre Responsable Digital Finance. Qu’il soit lauréat souligne une réalité: le secteur bancaire et l’ASB ne se contentent pas de parler de l’avenir numérique, mais contribuent activement à le façonner. Entretien avec Richard Hess, en forme de mise en perspective.
Social Bookmarks
Richard, tu as été sélectionné parmi les cent Digital Shapers 2026. Que signifie cette reconnaissance pour toi à titre personnel?
Richard Hess: elle m’a vraiment fait plaisir, d’autant plus que je n’y vois pas une distinction personnelle. A mes yeux, c’est avant tout la reconnaissance de l’engagement commun d’un grand nombre de collègues. La transformation numérique est rarement le fait d’individus isolés, elle est le fruit d’une coopération qui dépasse les organisations, les branches et les disciplines. Ma sélection est le reflet de ce travail collectif – elle est aussi un encouragement à poursuivre résolument dans cette voie.
Les Digital Shapers sont des personnalités qui marquent de leur empreinte la transformation numérique de la Suisse. Et toi, quel est ton rôle dans ce contexte?
Je me vois avant tout comme un passeur entre technologie, réglementation et mise en pratique dans le secteur bancaire. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment intégrer l’innovation de manière responsable – pour qu’elle entraîne de vrais changements tout en créant la confiance et en renforçant la résilience de notre système économique et financier. Les nouvelles technologies, c’est comme les gros moteurs: ça impressionne, mais sans un volant et de bons freins ça ne sert à rien.
Concrètement, en quoi les banques contribuent-elles à la transformation numérique en Suisse?
Elles jouent un rôle essentiel dans la transformation numérique de la place financière suisse – souvent en arrière-plan et de manière moins visible que ce que l’on pourrait imaginer. Depuis des années, elles investissent substantiellement dans des infrastructures stables et sûres, dans des processus numériques performants ainsi que dans des solutions innovantes orientées vers la clientèle. Elles renforcent ainsi non seulement leur propre compétitivité, mais aussi l’attractivité et la résilience de la place financière suisse dans son ensemble.
En parallèle, elles assument une responsabilité particulière par rapport aux données sensibles, à la stabilité du système financier, à la confiance des clientes et des clients. La transformation numérique dans le secteur bancaire nécessite donc d’accompagner l’innovation de normes exigeantes en matière de sécurité, de qualité et de confiance, ce qui crée un cadre fiable pour une croissance et une stabilité durables.
Quel rôle joue l’ASB à cet égard?
L’ASB entend être une plateforme qui donne des repères et favorise la coopération. Elle rassemble les banques et d’autres acteurs pertinents afin d’analyser les évolutions technologiques à un stade précoce, puis d’élaborer des positions communes. Face aux nouvelles technologies en particulier, l’enjeu est de saisir les opportunités de manière ciblée et de gérer les risques avec réalisme. Dans ce contexte, il s’agit de poser les bonnes questions et de présenter clairement les évolutions technologiques ainsi que leurs implications, afin de permettre une prise de décision éclairée. L’ASB crée le cadre requis à cet effet, que ce soit par l’autorégulation, le dialogue avec les autorités de surveillance ou le soutien aux initiatives sectorielles.
Selon toi, comment faire pour que les initiatives numériques produisent des effets durables?
Pour commencer, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que la numérisation n’est pas une fin en soi. Toute nouvelle technologie n’est pas automatiquement source de progrès. Dans le domaine bancaire plus qu’ailleurs, tout ce qui brille n’est pas de l’or – parfois c’est juste un bel emballage du risque! Les technologies peuvent être détournées, volontairement ou pas. Il faut donc très bien connaître les risques et les effets secondaires potentiels, par exemple en termes de protection des données, de vulnérabilité à la fraude ou de stabilité du système financier.
Où réside actuellement le plus fort levier pour l’avenir numérique de la Suisse?
Très clairement, dans la confiance. C’est une valeur suisse classique – et en même temps très moderne. Les offres numériques ont besoin d’infrastructures numériques fiables et performantes: alimentation électrique, centres de données, réseaux, modèles d’IA, sans oublier un trafic numérique des paiements qui soit robuste.
Dès lors, dans la concurrence numérique mondiale, la Suisse ne doit ni se refermer sur elle-même, ni se retrancher dans le «bunker numérique». Quelles technologies déployer, où et comment est-il judicieux de le faire? Ce sont des décisions à prendre intelligemment et en fonction des risques. L’autonomie stratégique ne signifie donc pas l’autarcie, mais une liberté de choix assumée.
Et pour terminer, n’oublions pas le facteur humain: les talents, la formation et l’interdisciplinarité restent déterminants pour assurer durablement la confiance, la capacité d’innovation et la compétitivité de la place suisse. Je suis ravi de pouvoir apporter ma contribution dans le cadre de mes fonctions actuelles, en collaboration avec un grand nombre de collègues engagés au sein de l’ASB comme au sein des établissements membres et chez d’autres partenaires.