Place financière suisse: une forte capacité d’innovation malgré des défis croissants
L’étude du SEFRI sur les nouveaux modèles d’innovation, disponible en allemand («Neue Innovationsmodelle») et en anglais («New Innovation Models»), confirme la forte capacité d’innovation de la place financière suisse. Elle précise quelles sont les conditions-cadres requises pour que tel soit durablement le cas.
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Selon l’étude sur les nouveaux modèles d’innovation commandée par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), le secteur financier suisse affiche globalement une capacité d’innovation solide et largement étayée. Les banques, les entreprises d’assurance et les fintechs développent en permanence leurs produits, leurs services et leurs processus, afin de tenir leur rang dans un environnement marqué par une concurrence intense ainsi que par une forte pression au changement liée aux évolutions technologiques. L’innovation prend surtout la forme d’améliorations progressives, incrémentales, qui contribuent à la stabilité du secteur, à son efficacité et à sa proximité avec la clientèle. Les fintechs apportent ponctuellement leur pierre, à savoir des approches plus radicales en matière d’innovation. Ces interactions renforcent la capacité d’adaptation de la place financière dans son ensemble et favorisent une concurrence productive pour trouver les meilleures solutions. En revanche, les dynamiques impulsées par la clientèle jouent un rôle plus limité, en particulier dans le segment des assurances.
Trois moteurs importants: la technologie, la durabilité et les coopérations
Les évolutions technologiques, par exemple les infrastructures basées sur le cloud et les applications d’intelligence artificielle (IA), se déploient dans l’ensemble du secteur financier. Dans la pratique toutefois, le potentiel d’innovation existant est bridé par les déficits en matière de qualité des données ainsi que par le manque de personnel qualifié.
Les aspects liés à la durabilité sont prégnants également dans la dynamique d’innovation. Mais là encore, les progrès sont freinés par l’absence ou l’insuffisance des données, par l’hétérogénéité des normes ainsi que par une base empirique restreinte. La transparence en pâtit, tout comme la scalabilité de l’innovation durable.
En parallèle, les coopérations gagnent en importance. Les banques et les entreprises d’assurance collaborent de plus en plus avec d’autres entreprises ainsi qu’avec des institutions scientifiques en vue de mettre en œuvre des projets innovants. Toutefois, les coopérations avec des concurrents directs restent l’exception.
Les conditions-cadres, facteur clé d’une capacité d’innovation pérenne
L’étude montre par ailleurs que le durcissement répété des exigences réglementaires pèse sensiblement sur l’innovation dans le secteur financier. Il accroît les coûts de l’innovation, réduit la prévisibilité des projets innovants et accroît les besoins de main d’œuvre hautement qualifiée. Quant au soutien des pouvoirs publics à l’innovation, selon les entreprises interrogées, il joue un rôle mineur. Les instruments existants ne sont guère utilisés par les établissements financiers. La mise en œuvre réussie des innovations dépend avant tout des perspectives de rentabilité économique ainsi que de possibilités de financement viables.
Globalement, l’étude souligne la solidité de la place financière suisse, tout en mettant en évidence les domaines où des ajustements ciblés s’imposent. Du côté de l’Etat, il s’agit en particulier de prendre des mesures qui améliorent l’accès aux talents, par exemple en investissant sans relâche dans l’enseignement supérieur et en assouplissant les règles d’immigration pour les étudiant·e·s non ressortissant·e·s de l’Union européenne (UE) et diplômé·e·s d’une Haute école suisse. Sont préconisés également un cadre réglementaire plus simple et plus stable, ainsi qu’un recours plus ciblé aux instruments d’Innosuisse destinés à promouvoir les partenariats entre le monde académique et le secteur financier. Par ailleurs, des mesures visant à améliorer les échanges de données ainsi qu’un développement ciblé des approches d’open data au sein des autorités – dans le respect de la souveraineté et de la maîtrise des données – pourraient accélérer les innovations basées sur l’IA et les technologies. Du côté du secteur financier lui-même, il importe de créer un cadre propice au financement de projets innovants et à l’investissement dans les nouvelles technologies.