Rejet de la motion – pour un marché suisse des capitaux qui fonctionne
Nous sommes fermement opposés à ce que les instruments financiers dérivés et les produits structurés soient soumis à une taxe sur les transactions financières. Ces instruments ont pour vocation première non pas la spéculation, mais la couverture. Les entreprises, les compagnies d’assurance et les institutions de prévoyance utilisent des dérivés pour se prémunir contre les risques de change ou les risques de taux. Les banques ont besoin de réaliser des opérations de couverture pour satisfaire aux prescriptions réglementaires (p. ex. en matière de gestion des risques de liquidité et de taux). Les instruments visés sont donc absolument essentiels au bon fonctionnement du marché des capitaux et, économiquement, ils sont plus proches d’une assurance que d’une transaction financière classique. S’ils étaient imposés, les surcoûts seraient à la charge des clientes et des clients. Les grands investisseurs institutionnels en subiraient les conséquences également, dans la mesure où la hausse des coûts de transaction rendrait leurs activités de placement plus onéreuses et comprimerait leurs revenus. Cela se répercuterait sur le grand public, puisque c’est la collectivité qui bénéficie des produits de ces placements.
Sous le plan fiscal, les sous-jacents des dérivés (actions, obligations, etc.) sont déjà soumis au droit de timbre de négociation, de sorte qu’imposer les dérivés conduirait à une double imposition, voire à une imposition multiple. Aucune autre place financière n’applique une imposition complète des transactions sur instruments financiers dérivés et produits structurés.
La Suisse prélève déjà une taxe sur les transactions financières très largement applicable et très rentable. Selon le Conseil fédéral, le droit de timbre de négociation génère chaque année quelque CHF 1,4 milliard de recettes pour la Confédération, ce qui représente environ 0,2 % du PIB. A titre de comparaison, la taxe sur les transactions financières dégage des recettes cinq à dix fois plus faibles en France (0,04 %), en Italie (0,02 %) ou en Espagne (0,02 %). La Suisse impose les transactions sur actions suisses et étrangères, sur obligations suisses et étrangères et sur fonds de placement suisses et étrangers, tandis que la France, l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Irlande n’imposent que certaines actions nationales et certaines transactions financières remplaçant des achats d’actions. Des places financières comme Singapour ou les Etats-Unis ne prélèvent pas de taxes sur les transactions financières, et l’Union européenne vient d’enterrer définitivement son projet de taxe sur les transactions financières. La Suisse occupe déjà une position particulière en la matière sur le plan international. Il ne doit pas en résulter un nouveau handicap concurrentiel pour notre place économique.
La motion demande enfin d’imposer les transactions sur cryptomonnaies, ce qui ne se justifie pas non plus: en Suisse, les cryptomonnaies relèvent du même régime juridique que les autres moyens de paiement, or le commerce de devises n’est pas soumis au droit de timbre. En outre, imposer le commerce de cryptomonnaies pénaliserait notre pôle d’innovation (jeunes entreprises, startups, prestataires de services spécialisés, etc.).